Le Google bombing est mort, le link bombing vit encore
Par palpitt le jeudi 1 février 2007 - Google Bombing - 2175 lecture(s)

Google s'était déjà exprimé sur la pratique : le Google bombing était considéré comme une action symbolisant l'avis des internautes (par lien interposés) et n'affectait pas la qualité globale de son service de recherche. Evidemment on pouvait déjà douter de la légitimité accordée à l'action coordonnée d'une poignée de personnes face à des millions d'utilisateurs et la cyber-démocratie pronée par Google (un lien = un vote) pouvait avoir avec le Google bombing des allures de cyber-dictature.
Cette volonté d'objectivité s'est donc progressivement transformée en volonté de transparence face à de nombreuses personnes qui accusaient les ingénieurs de Google d'être responsables (voire même les auteurs, c'est bien connu ils s'amusent bien dans l'entreprise) de ces petites cyber-attaques. Plutôt que de régler chacune d'elles "à la main", Google a fait le choix de mettre au point une formule qui automatise le la neutralisation de la plupart des actions de Google bombing. Danny Sullivan nous en apprend plus sur le probable fonctionnement de ce nouvel algortihme :
"Google peut détecter quand des liens qui pointent vers des sites particuliers apparaissent pour la première fois. Il est possible que le nouveau système identifie des pics dans le nombre de liens utilisant tous le même mot qui apparaitraient soudainement"Ce que semble confirmer Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l'information :
La soudaineté de l'apparition des liens, le fait qu'ils proviennent dans leur grande majorité de sites à faible pagerank, et l'uniformité sémantique des ancres hypertextuelles, le tout conjugué à la formidable réactivité de la puissance de calcul de Google doivent effectivement constituer des éléments importants dans la résolution de cette énigme algorithmiqueVous pouvez aussi lire les suppositions de Seth Finkelstein.
Quelles sont les conséquences ? :
Si la détection est basée sur la fréquence d'utilisation d'un même texte de lien dans un laps de temps donné, alors Google a bien mis fin au Google bombing en tant qu'action collective en ligne. Cela semble efficace même si Philipp Lenssen (Google blogoscoped) fait un état des lieux plutôt mitigé de l'évolution des résultats de ces requêtes dans le temps. "Miserable failure", le bombardement le plus connu, ne fonctionne plus. C'est aussi le cas en France de notre "ministre blanchisseur" ou du "lobby microsoft".
Une faille subsiste
La pratique dans sa forme traditionnelle semble donc avoir été neutralisée, cependant une faille semble subsister : pour réussir son google bombing, il fallait que le mot-clé sélectionné soit le moins compétitif possible, c'est-à-dire qu'il ne renvoie qu'à une faible quantité de réponses pertinentes. C'est aussi ce que rappelle Matt Cutts dans son communiqué :
"le manque de résultats pertinents pour une requête est une des raisons pour lesquelles un googlebombing fonctionne"Dans ce cas de figure précisemment, on se rend compte qu'un seul site/blog, bien référencé et bénéficiant d'un PageRank correct, suffit en fait à formuler une réponse pertinente (aux yeux de l'algorithme de Google) pour une terme peu compétitif. En fait, "Ce n'est pas le nombre de pointeurs qui importe mais plutôt l'association inhabituelle et relativement rare de deux mots" (Pierre Schweitzer, lire son commentaire).
1 lien suffit - petit test
Il y a quelque temps j'avais décidé de faire un petit test visant à démontrer qu'un seul lien pouvait suffire à lancer un Google bombing. J'ai choisi un groupe de mots peu compétitif : "crapaud uniforme", j'ai ensuite sélectionné une page au hasard et ne contenant pas ces deux termes (qui ferait office de "page cible"), puis j'ai placé le lien de bombardement, dissimulé dans un de mes billets, Résultat : quelques semaines plus tard, la page que j'avais sélectionné apparaissait en première place pour la recherche sur "crapaud uniforme", mon Googlebombing avait fonctionné ! (et il fonctionne toujours d'ailleurs, puisqu'il ne s'agit que d'un lien unique qui ne semble pas pris en compte par la dernière mise à jour de l'algorithme de Google).
Que s'est-il passé ? Google a considéré que mon association entre les termes sélectionnés ("crapaud uniforme") et la page "Dialogus - Anne Franck" était pertinente (malgré l'évidente inadéquation entre le texte de lien et la page pointée) : en fait, la façon dont j'ai décrit cette page a été plus importante que son contenu. Je ne sais pas encore si cela fonctionne pour des pages Web bien référencées, je suis d'ailleurs en train de faire un autre test sur une "page cible" plus "lourde" (et un nouveau lien s'est caché dans un billet, sisi).
Le Google bombing est mort, le link bombing vit encore
Le choix de la terminologie de "Google bombing" plutôt que celle, plus globalisante, de "link bombing" a été motivée par 3 éléments :
- La pratique du Google bombing est née, comme son nom l’indique, de l’initiative d’un utilisateur de Google.
- Google reste le moteur de recherche le plus utilisé par les internautes
- Par expérience, la quasi-totalité des actions de link bombing ont été légitimées par les résultats obtenus sur ce même moteur plutôt que sur les autres géants de la recherche.
A lire :
- Googlebombs Defused? (google blogoscoped)
- Google Kills Bush's Miserable Failure Search & Other Google Bombs (Danny Sullivan)
- La fin des crétins ? (Olivier Ertzscheid)
ps: pour m'excuser d'avoir selectionné ma page cible, je vous invite à visiter la site Dialogus, c'est étonnant !
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Commentaires
J'avoue que lire ceci :

"Evidemment on pouvait déjà douter de la légitimité accordée à l'action coordonnée d'une poignée de personnes face à des millions d'utilisateurs et la cyber-démocratie pronée par Google (un lien = un vote) pouvait avoir avec le Google bombing des allures de cyber-dictature."
me gêne beaucoup. Quand est-ce que Google faisait la promotion de la démocratie ? D'ailleurs, prétendre que Google comptabilise la notoriété d'un site web avec un algorithme "un lien = un vote", c'est mentir par omission. En effet, la technologie de Google a ceci de novateur, à l'époque, que chaque lien ou "vote" a un poids différent des autres. Ainsi, le "vote" d'une page ayant une notoriété importante a plus de poids qu'un autre "vote" issue d'une page moins d'importance. D'autres facteurs influent sur le poids d'un vote, comme la pertinence des sujets des pages liées, notamment.
Or, en démocratie, l'idée est d'associer le même poids à tous les votants, donc "un lien = un vote = tous égaux". Je crains donc que l'algorithme de Google n'ait rien à voir avec la démocratie où le plus ignare des imbéciles a autant de pouvoir de décision que le plus éminent des spécialistes...
la formule faisait plus référence à la façon dont Google présente son mode d'indéxation qu'à son fonctionnement concret : selon Google l'élément fondamental (mais pas unique, j'y reviendrai) de son système de classification est le PageRank, Pagerank défini, toujours par Google, comme "un champion de la démocratie", et c'est bien encore Google qui utilise dans son discours la métaphore de l'élection ("les liens contribuent à "élire" d'autres pages). Une vision de la "démocratie" propre à google évidemment, une démocratie ou tous les votes ne seraient pas égaux (d 'où ma caricature).
Bien sur, Le PageRank n'est qu'une partie de l'algorithme de Google et beaucoup d'autres facteurs entrent en effet en jeu, c'est d'ailleurs la conclusion de mon article sur le Pagerank.
Je crois que tu vois dans le discours officiel de Google ce que tu as envie d'y voir, et non ce qui est dit ou écrit. Je t'invite d'ailleurs à m'indiquer la moindre page de Google traitant de "démocratie" pour qualifier ses algorithmes.
Personnellement, je verrais ça plutôt comme une dictature éclairée, Google étant le seul à décider de son algorithme d'indexation, les autres ne pouvant qu'émettre des avis dont le moteur de recherches tient compte ou non à sa guise.
Il suffit d'aller sur la page "A propos de Google" (www.google.fr/intl/fr/why...) c'est le premier lien de mon commentaire précédent, je (re)cite : "PageRank est un champion de la démocratie"
Du Google Bombing en moins = De l'ennui en plus, mais des emmerdes en moins.
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