• Le concept de "réseau", plus "flexible", mais rendant difficilement compte de critères qualitatifs ("notamment celles de la signification du caractère des relations et de l’identité des nœuds") et des relations plus éphémères et subtiles.

le concept de réseau implique encore des relations plutôt stables, plutôt cohérentes et nécessairement « traçables » ; il ne rend guère compte des interactions subtiles et indirectes qui caractérisent une importante partie de la sociabilité du Web social. Deux internautes qui taguent leurs photos avec le même mot-clé, des usagers qui commentent la même vidéo, une personne à la recherche d’un compagnon qui jette un regard rapide sur une photo pour tout de suite passer à la prochaine, ce sont des cas d’une proto-sociabilité qui passent en dessous du seuil de « relation ».

  • Le concept de "foule" : La "sagesse" des foules ("l’idée que l’agrégation de l’information qui circule dans un ensemble d’individus de faible cohésion peut donner lieu à des résultats (...) largement supérieurs aux performances d’un membre quelconque à lui seul") est aussi un effet que certains services souhaiteraient activer, on pense bien évidemment à Wikipédia.

les échanges de références, photos, vidéos, commentaires, pokes, liens, votes et pageviews qui prolifèrent sur le Web social ne se dirigent finalement que rarement vers des objectifs communs. Le concept de foule renvoie à une dissolution – réelle ou analytique – de l’individu dans la masse comme acteur intégré mais lorsqu’on regarde les usages et pratiques de internautes, on se rend vite compte que leurs efforts sont, au contraire, majoritairement tournés vers l’individu et la production d’identité.

Pour Bernhard Reider, ces concepts ne rendent pas assez compte des "phénomènes de sociabilité" qui émergent du Web social et de ses "façons particulières de gérer relation et isolation". Ce dernier propose d'adapter aux technologies numériques la métaphore de l’écume :

une écume est composée d’inclusions de gaz dans un milieu (liquide ou solide) dont sont fait les membranes qui séparent les bulles entre elles. Étant donnée que les bulles d’une écume sont co-isolés, les membranes qui les séparent sont à la fois des agents de séparation et de connexion, filtres et interfaces. Dans un environnement technique, les membranes sont fait d’une matière technique, c’est-à-dire des formes et fonctions qui servent aussi bien à aller vers les autres qu’à s’isoler d’eux.

Nous proposons d’interpréter l’immense production de contenus de toute sorte par les internautes – de messages, images, vidéos, listes de préférences, auto-descriptions, aménagements de profils, systèmes de classification, etc. – comme un travail de création et de maintien d’une bulle, c’est-à-dire d’une espace propre, d’une identité, d’une extension de sens.

En guise d'exemple, fonctions techniques proposés par les outils les plus récents, comme Facebook, qui visent autant à la mise en relation avec d’autres internautes qu'à l'isolation et au filtrage.