Wikipédia, ce cannibale
Par Palpitt le mercredi 11 juin 2008 - Communication / Marketing - 1336 lecture(s)
"La communication d'entreprise s'attaque à Wikipédia" : c'est le titre d'un article du Monde qui revient sur une étude menée par l'agence de communication Euro RSCG sur la place des articles Wikipédia dans les "profils Google" des entreprises ou de leurs dirigeants :
Premier conseil à donner à une grande société soucieuse de son image ? Se méfier du Web 2.0.(...) "Wikipédia cannibalise l'image des entreprises du CAC 40 et de leurs dirigeants", conclut une étude . Soucieuse de la notoriété grandissante de l'encyclopédie communautaire, 9e site le plus consulté au monde, Euro RSCG a décrypté son impact sur l'image des entreprises du CAC 40, en étudiant sa visibilité sur le moteur de recherche Google.fr.
Les résultats ?
Entre octobre 2006 et avril 2008, l’encyclopédie collaborative s’est clairement hissée dans les premières places des résultats Google fr. La quasi-totalité des articles Wikipédia concernant les entreprises du CAC 40 est même passée sur la première page, confirmant ainsi l’avancée progressive de l’encyclopédie collaborative qui vient concurrencer de près les sites officiels.
Dans le détail, et même si "les sites institutionnels des entreprises du CAC 40 conservent la 1ère place des résultats dans tous les cas", "la quasi-totalité des entreprises du CAC 40 voient l’article Wikipédia s’afficher dès la 1ère page de Google" et "29 dirigeants du CAC 40 voient l’article Wikipédia concernant leur biographie arriver dès le 1er résultat de Google.fr".
Bref, de quoi produire un discours relativement alarmiste sur l'encyclopédie (extraits du doc) :
la visibilité grandissante de Wikipédia a de quoi inquiéter les grandes entreprises françaises. En effet, loin de contrôler les informations circulant à leur sujet, elles se retrouvent victimes de la main mise d’une opinion qui n’oublie rien et ne vérifie pas toujours ses propos.
Wikipédia suscite la polémique quant à la fiabilité et la véracité de ses informations. (ndlr: en référence à une étude réalisée en 2007 (sous la direction de Pierre Assouline))
Bien que controversées, ces conclusions mettent en lumière les risques potentiels encourus par les entreprises et les dirigeants. Wikipédia peut nuire à leur image ainsi qu’à la valeur de leurs marques.
Vous l'aurez compris, l'on part ici du principe que la réputation en ligne des entreprises est (potentiellement, soit) menacée par Wikipédia alors que rien ne prouve, mis à part quelques exemples anecdotiques, que l'image des entreprises et des dirigeants du CAC40 ait forcément été mise à mal par les wikinautes dans le laps de temps étudié par l'agence. Dommage, car une analyse qualitative du contenu des pages wikipédia (pertinence, évolutions du contenu, etc.) aurait vraiment permis de séparer l'anecdote de ce qui représente une vraie "nuisance" potentielle. J'ai d'ailleurs plutôt tendance à rejoindre Marie sur ce point : "il ne s’agit que de résultats quantitatifs" ; selon elle, d'ailleurs : "En dehors de quelques polémiques liées à l’actualité, ces articles restent le plus souvent à la limite de la plaquette publicitaire". "Wikipédia n’est bien sûr pas à écarter mais ce n’est pas non plus le lieu privilégié de la diffamation et de l’expression de mécontentements. Les entreprises aimeraient par contre maitriser un canal qui leur échappe pour le moment.", précise encore Marie.
Surtout que, si l'on part du principe que l'implication de l'entreprise dans l'encyclopédie serait perçue comme une "ingérence", les entreprises pourraient y avoir aussi leur part de responsabilité. Julien Level, "expert de la sociologie wikipédienne", avait été interrogé sur Rue89 sur "le comportement des membres actifs de Wikipédia à l'encontre des organisations" : pour lui, "les entreprises peuvent participer à Wikipédia tant qu'elles respectent les règles du jeu, autrement dit la grammaire wikipédienne". C'est également ce que David Monniaux (Wikimédia France) expliquait à Erwan Cario :
Ces entreprises peuvent éditer Wikipédia si elles en respectent les règles : neutralité/équité entre les points de vue, citation de sources, pas de vocabulaire exprimant un jugement de valeur. Une longue expérience nous montre cependant que les personnels de relations publiques sont souvent incapables de se plier à ces règles, et que leurs ajouts se font donc supprimer à leur grand dam
Stéphane Guerry, Directeur Associé chez Euro RSCG C&O, présentait l'étude sur son blog. Au final, plus que de remettre en cause le contenu des articles (c'est pourtant le sentiment qui domine, cf. la suite), l'idée serait plutôt de rétablir une certaine forme d'équilibre en créant un label "identifiant les données fournies par l’entreprise" ( "parce qu’il n’y a aucune raison que la voix des anonymes ait plus de poids que celle de l’entreprise ou du dirigeant concerné", précise-t-on encore dans le doc) :
La description des entreprises sur Wikipédia ne peut être laissée aux seuls « volontaires » sous peine de voir Wikipédia se transformer en lieu de contestation et de règlements de compte dès qu’il s’agit de marque et d’entreprise et de dirigeants d’entreprise.
A lire aussi :
- Wikipedia accusé d'entraver la communication institutionnelle des entreprises (ZDnet)
- Wikipedia et la réputation en ligne : interview ! (chez pr2peer, 2007)







Commentaires
Je crois en effet qu'il y a encore une mauvaise compréhension des enjeux du web dans les cercles dirigeants, qui plus est chez ceux du CAC40.
Un effet générationnel ? Combien ont été faire une recherche sur Internet ? Combien utilisent, même un ordinateur ? La messagerie électronique ? J'ai peur du résultat si on faisait un sondage...