La communication muséale à l'heure du 2.0 : renouveler les canaux, multiplier les supports de diffusion
Par Palpitt le dimanche 1 février 2009 - Experiment' Art - 2887 lecture(s)
"Le train du Web participatif est donc en marche et il s’agit pour les institutions de ne pas le louper", c'est la leçon que retenait artclair de la conférence sur le marketing culturel 2.0 organisée par in:fluencia et Communic’art à Paris en novembre dernier (lire le résumé, pdf) :
Plus aucune institution ne peut ignorer Internet. Pourtant, les grands musées français peinent à adapter leur communication aux nouveaux modes de navigation des internautes. Plus décomplexés, les musées anglo-saxons comme le MoMA tentent, quant à eux, de s’adapter aux nouvelles formes d’informations et investissent sur les réseaux sociaux : YouTube, iTune et même Facebook.
Kim Mitchell, directrice des communications et de la publicité du MoMa de New York, y avait notamment insisté sur la nécessité de "renouveler" les canaux de communication et de "fidéliser de nouveaux publics". L'un de ses deux objectifs "en terme de Web 2.0" de Laurent Gaveau, Chef du Service Nouveaux Médias du Château de Versailles, était également d'"investir les plateformes existantes type Facebook ou Dailymotion".
Pourquoi un musée ou une institution devrait-elle multiplier les supports de diffusion et ainsi voir sa présence se diluer sur la Toile ? Pour répondre à l'évolution des usages et aux nouveaux modes de consommation de l'information en premier lieu. Diane, qui décrypte sur son blog les différentes stratégies Web des musées (je vous l'avais présentée ici, j'ai pu la rencontrer "en vrai" depuis), l'expliquait il y a peu :
2008 a annoncé une nouvelle révolution de la navigation des internautes sur Internet et les différents sites ou réseaux sociaux, les musées s’en emparent donc en éloignant leur site d’une simple fenêtre portail mais en le rendant beaucoup plus interopérable et mobile. Le site Internet d’un musée ne sera donc plus une simple URL, mais deviendra un espace de passage.
Samuel Bausson, responsable du site internet du Museum de Toulouse, était lui aussi venu parler ici même de son expérience, de l'importance "d'être présent là où les publics sont" et de "délocaliser" les contenus :
C'est en plus un vrai moyen de faire des expériences, de voir ce qui marche ou pas, d'apprendre à connaître les plateformes communautaires en ligne, à apprendre à parler leurs langages, à découvrir les fonctionnalités (au muséum de Toulouse où je travaille, nous étions simplement présent sur Flickr, puis nous avons ouvert des groupes photos, lieux d'échanges visuels et de commentaires autours de nos thématiques, sans même avoir l'idée de le faire au départ, apprenant en faisant), à s'exposer, à ouvrir la relation aux publics en toute humilité (pas simple pour les institutions "savantes" et expertes souvent réticences dans les faits, à l'idée de partager les contenus craignant d'en perdre le contrôle), et surtout, petit à petit d'emmener ses collègues avec soi...pas du tout évident dans nos structures hiérarchiques et cloisonnées d'avoir les métiers du musée se déployer en ligne pour qu'ils,puissent effectivement donner du sens à l'usage de ces outils de façon réactive et le plus spontanée possible,pour y inventer de nouvelles formes de communication, d'accueil, d'animation, d'exposition...

Son travail pour le Museum de Toulouse est d'ailleurs le parfait exemple d'un "déploiement" réussi : un fil Twitter dédié aux articles du blog et à la veille, une page Facebook, un compte Flickr qui nous propose d'entrer dans les coulisses des expositions et un compte delicious. Le tout est agrégé sur Friendfeed ou dans un univers Netvibes, qui repropose tous les contenus produits par le Muséum (site web, blog, Google agenda, etc.) mais qui permet également de suivre l'actualité des domaines liés (actualité scientifique, actualité des autres musées). Au final, s'il peut y avoir des doublons lorsqu'on les suit tous, chaque service propose un contenu spécifique et c'est au public de choisir le support qui lui convient le mieux en fonction de ses propres habitudes.
Entrer dans la conversation : une question de "culture" ?
Reste la question épineuse de la fidélisation, une question également posée lors de la conférence sur le marketing culturel 2.0 :
Fidéliser : le mot est lâché et semble ne plus être grossier en matière de culture, outre-Atlantique du moins. Car en France, le chemin à parcourir semble encore long pour décomplexer les institutions.
Répondant à un commentaire sur le manque de prise de risque sur Internet des institutions européennes, Samuel était venu expliquer chez Diane pourquoi ses dernières peinaient à s'ouvrir à la conversation :
Un “temple” du savoir qui vouvoie son public dans une culture de “vitrine”, ne devient pas facilement une plateforme d’échanges, humble et facilement accessible, interlocutrice avec la diversité de ses visiteurs qui peuvent l’interpeller et la tutoyer et entamer une “conversation” entre eux. Etre simplement à l’écoute, de propos dont elle n’est pas à l’origine, dans une démarche “relationnelle” qui tâtonne et se cherche n’est tout simplement pas “pensé” : ce n’est pas la peur de “donner la parole” en soit (même si c’est déjà beaucoup), mais surtout de perdre son autorité (et sa réputation) qui chez nous vient surtout du discours que l’on maitrise autours des objets et des expos…c’est une évolution en profondeur de la “raison d’être” des musées que l’esprit du web interroge.
A lire aussi, à propos des nouvelles formes de fidélisation :
- Un programme de fidélité 2.0 (sur Buzzeum, de nouveau) :
Il est illusoire de vouloir ramener à soi (sur sa plateforme) des publics qui sont ailleurs. Il est plus démocratique d’aller là où les gens sont déjà, et de diffuser des contenus qui intéressent les communautés ciblées.
- L’introduction des technologies web 2.0 dans les musées d’art moderne et contemporain : vers de nouvelles relations entre l’institution muséale et ses publics ?_ ("musée 2.0" au Centre Pompidou, en avril dernier)






