Pourquoi Twitter a besoin de journalistes
Par Palpitt le lundi 23 mars 2009 - Nouveau journalisme - 1082 lecture(s)
L'utilité de Twitter pour les journalistes est avérée depuis quelques temps déjà : souvenez vous, c'est en 2007 que naissait le microjournalisme aux US. En France, si la découverte a été plus tardive (slate.fr tente de trouver une explication), les plus aguerris commencent à bien comprendre comment se servir de l'outil, que ce soit pour être au plus près de l'information et traquer les scoops, pour trouver des témoins en cas d'évènements majeurs, pour développer un réseau ou pour conseiller quelques bons liens.
Finalement, la réciproque pourrait paraître moins évidente : Twitter a-t-il besoin de journalistes ?
Laurent Suply, journaliste au Figaro qui avait couvert les attentats de Bombay, expliquait sur son blog que Twitter était devenu indispensable, mais notait parallèlement dans les colonnes du journal qu'une fausse annonce du gouvernement indien y avait été "relayée à l'infini".
Autre exemple plus récent : le jour de la fusillade de Winnenden, France24 annonçait que la chaîne avait pu, grâce à Twitter, "trouver un témoin sur place en 52 minutes" : "Pour France 24, être capable de joindre des personnes sur place aussi rapidement, dans des endroits où elle n'a pas de correspondant, est un progrès important", expliquait l'équipe en commentaire.
Quelques jours plus tard, Data News reprenait un article du journal allemand Süddeutsche Zeitung (ici mal traduit par Google) et expliquait que "la première information donnée par Twitter sur le drame (...) était correcte" mais que les nouvelles suivantes avaient "dérapé pour en arriver bien vite à une chasse aux sorcières" et un certain nombre de rumeurs avaient été rediffusées par d'autres sites d'information.
Le journal embraie sur les cafouillages qui ont ensuite eu lieu sur Twitter et sur d'autres sites Web 2.0. L'on y a ainsi faussement annoncé que l'auteur avait été arrêté (et ce jusqu'à ce que la police l'infirme formellement), et l'on y a également créé de manière complètement prématurée un 'profil' de l'auteur.
Voilà de nouveau ce que répondait la Team Observers de France 24 a une internaute qui posait justement la question de la vérification de l'information :
il faut faire attention à ce que la course au scoop ne nous amène pas à diffuser de fausses informations. Mais c'est aussi pour cette raison qu'il est essentiel que les journalistes soient sur Internet. Pour vérifier les informations et éviter de colporter des rumeurs. C'est ce que nous faisons sur le site des Observateurs de France 24. Nous utilisons Internet et les témoignages d'amateur, mais y ajoutant toujours une couche de vérification.
Et c'est finalement ce qu'a rappelé Benoît Raphaël (rédacteur en chef du Post.fr et du Monde Interactif) sur BFM TV ce weekend lorsqu'on l'a interrogé sur Twitter : le journaliste doit être remis "au centre du débat", au centre des la conversation, pour animer sa communauté, "recueillir l'information", mais aussi et surtout pour la vérifier et la contextualiser. Twitter a besoin de journalistes, ils y ont plus que jamais un rôle à jouer.
Sur Twitter, un journalisme de re-médiation ? (dédicace à Narvic)
Pour rappel : Lorsque j'avais interrogé James Janega, journaliste au Chicago Tribune, sur la façon dont il avait utilisé Twitter pour la couverture de l'Ouragan Gustav (un formidable travail de centralisation d'infos et d'animation), ce dernier était revenu sur ce risque lié à la diffusion d'informations non-vérifiées. Loin d'être passif, Il avait d'ailleurs tenté pendant la tempête, une fois arrivé à la Nouvelle Orléans, d'en combattre quelques unes armé de son téléphone portable (Vérifier l'information ? un "vrai job pour les journalistes") :
The upside of citizen eyewitnesses reporting on Hurricane Gustav with online social networking tools such as Twitter is the unfiltered, unedited real-time information they pipe directly to the cellphones and Web browsers of anyone interested in receiving first-person accounts of the storm. The downside is that a few of those unfiltered, unedited reports turned out to be hysterical or the stuff that produces rumors.
At least during Gustav, the newly widespread informal network of anonymous online communities proved to be a potent conduit of information for the isolated and helpless and also a powerful megaphone for false reports.






