Facebook, Twitter, et les rites d’initiation : bien accueillir ses utilisateurs pour mieux les retenir
Par Palpitt le lundi 4 mai 2009 - Médias sociaux - 4019 lecture(s)
Aïe, Twitter peine à fidéliser : c’est ce que nous apprenait le cabinet Nielsen Online il y a peu :
Plus de 60% des utilisateurs de Twitter ont cessé d'utiliser le site de micro-blogs un mois après l'avoir rejoint, selon une étude du cabinet Nielsen Online publiée mardi."Twitter a bénéficié d'une belle croissance au cours des derniers mois mais il ne pourra pas maintenir cette ascension fulgurante sans parvenir à un haut niveau de fidélité de ses utilisateurs", a déclaré David Martin, un responsable de Nielsen Online, cité par l'AFP.
C’est en lisant le billet de Laurent François, qui commente ces résultats et insiste sur les différences d’usage entre Twitter et facebook, que je me suis fait cette réflexion à propos des "rites d'initiation" (ces rites qui "tout à la fois facilitent et célèbrent les passages d’une saison à une autre, d’un âge à un autre, d’un statut social à un autre"), et de l'initiation.
Avec Facebook, les rites d’initiation sont induits "par la machine", prescrits par la plateforme. c’est, par exemple, la fameuse phrase que l’on retrouve lorsqu’un ami arrive sur Facebook : « X a accepté votre demande d'ajout à ses amis. Comme il est nouveau sur Facebook, vous devriez lui suggérer des personnes qu'il connaît ». C’est un rituel institutionnalisé : rapidement l’ami en question se voit conseiller une poignée d’autres amis, et son arrivée est célébrée comme il se doit. En gros, Facebook délègue le travail d’accueil, d’accompagnement et de fidélisation des nouveaux utilisateurs à ses membres : Si jamais l’utilisateur n’entre pas avec sa manade, il la retrouvera certainement par la suite, sera recueilli par ses proches qui lui expliquerons les "trucs à savoir" : « salut, ça c’est ton mur (wall), tous tes amis peuvent y laisser un message, bienvenue ! ».
Sur Twitter, une fonction de suggestion de personnes à suivre a bien été ajoutée en janvier, mais l’algorithme (secret) ne semble pas être basé sur l’affinité que vous avez avec tel ou tel utilisateur, et ne sont proposés que des utilisateurs US, merci Twitter. Il y a bien des rites qui, naturellement, se mettent en place du côté des utilisateurs : on lit de plus en plus « @moncopain est nouveau sur Twitter, souhaitez-lui la bienvenue ! » ou « qui lui conseillez-vous de suivre ? ». Et c’est un peu l’objectif du #followfriday, que les néophytes ne comprennent surement pas.
Pour fidéliser plus rapidement ses utilisateurs et tenter d’augmenter le taux de rétention, Twitter pourrait donc travailler au développement de ces dispositifs et se pencher sur la fonction sociale des rituels d’accueil.
Je ne suis pas en train d’affirmer que cela explique les 60% d’infidèles, d’autres hypothèses paraissent bien plus plausibles, comme le fait que chaque utilisateur mette lui même du temps à comprendre comment se servir de l’outil et quels bénéfices en tirer. "Twitter est un service que l'on goûte, que l'on ne comprend pas, puis qui, une fois son réseau intelligemment constitué (…) devient intéressant", explique très justement Cédric de Chouingmedia. Eric Maillard, sur un autre sujet, l’avait noté sur son blog :
(…) aucun utilisateur ne l’explique finalement de la même façon. Les bénéfices sont vécus différemment selon son usage souvent lié à la taille et la typologie de sa communauté.
Le fait que nous (journalistes Web, évangélisateur High-tech, blogueurs) survendions les bénéfices de Twitter en créant des attentes exagérées auxquelles l’outil ne répond jamais, du moins pas au bout du premier mois d’utilisation (Twitter pour réconcilier une entreprise avec ses clients, Twitter pour vendre ses ordinateurs, Twitter pour renouveler la façon de faire de la politique, twitter pour sauver le monde, etc.), doit également peser dans la balance.







Commentaires
Tres bon article! Je me demandais pourquoi j'etais fortement followe ces deux derniers jours... Dois-je comprendre que j'ai ete integre dans l'algorythme secret de suggestion de personnes a suivre?
Ce chiffre de 60% est à prendre avec des pincettes. En effet, il s'agit vraisemblablement de 60% des utilisateurs qui ne visitent plus le site de Twitter au bout d'un mois, ce qui ne prend pas en compte ceux qui se sont tout simplement tournés vers un client desktop, ce qui doit représenter une part non négligeable (mais non calculable).
@OSteEL : en fait le premier lien que je propose pointe vers une "update" de l'étude faite par Nielsen qui prend en compte une trentaine de services liés à Twitter (TweetDeck, TwitPic, etc.). Les résultats sont quasiment identiques, les 60% semblent être confirmés
Des rites se mettent en place sur Twitter, comme le #followfriday, mais ce ne sont pas des rites de passage. Un rite de passage est un rite qui ouvre vers d'autres dimensions : il permet de passer d'initié à novice, d'adolescent a adulte etc.
Une remarque : ne pas etre actif sur twitter, ce n'est pas détruire son compte. Il y a fort a parier que dans les 60% qui sont ici donnés, quelques uns (beaucoup ?) reviendront.
Suggérer des personnes sur Facebook, ce n'est pas faire un travail d'intégration. C'est augmenter la puissance de Facebook. Ce qui peut aider un nouveau, ce sont des tutoriaux, et il y en a peu. Le cas de twitter est un peu différent, parce que la croissance brutale du media et le mélange d'idéologies (je vois le nom de Flichy dans la colonne de liens delicious) disparates pour ne pas dire opposées dans le même lieu conduit a la formation de guides et autres how tos : doit on accueillir automatiquement ou pas tous ses followers ? doit on suivre tous ses followers etc.
L'idée d'un rituel d'accueil est bonne : elle marquerait l'entrée dans quelque chose qui est Twitter, contribuerait a la conscience d'un "nous-twitter". Mais peut etre est ce que le but de twitter est justement d'être omniprésent, auquel cas un rite de ce type serait un obstacle
@Yann Leroux : tu as raison de bien faire la distinction pour le #followfriday, ce n'est pas un rite de passage, on est plus dans une logique de maintien de liens et de valorisation de sa propre communauté de followers, ce n'était pas le meilleur exemple
En ce qui concerne la suggestion de personnes sur Facebook, il me semble quand même qu'il s'agit d'une façon pour un utilisateur de "mâcher le travail" d'un ami lors de son arrivée sur la plateforme : il n'a plus besoin de partir à la recherche de son réseau et de ses connaissances : l'utilisateur les lui trouve pour lui, il reforme ce qu'il pense être la communauté de son friend, et cet ami n'a plus qu'à profiter de Facebook, il est déjà connecté quand il arrive et n'a pas à souffrir de cette cyber-solitude qui pourrait le pousser à repartir.
@palpitt Ok ! merci pour la mise à jour
Je trouve ton article super intéressant.
Cependant, à l'inverse de ce que tu dis au début, je pense que les rites de passage sur Facebook ne sont suggérés par la "machine" mais bien par des pairs issus du réel.
Ainsi, au delà de notre implication personnelle dans les réseaux sociaux, plus ou moins forte selon notre profil, il ne faut pas oublier la vie réelle, celle qui se déroule dans le monde physique et qui continue d'exister malgré l'aspiration croissante de nos comportements dans les réseaux sociaux.
Bien qu'il n'en reste aucune trace sur la toile, chacun de nous, me semble-t-il, avait déjà parlé / entendu parler de facebook avant d'accepter une première invitation par mail ? A mon sens ceux sont ces personnes avec qui nous en avons parlé au préalable, la plupart du temps assez proches, qui ont réalisé l'initiation ? (c'est plus une hypothèse qu'une affirmation ^^). Ce sont par ailleurs elles qui nous ont requesté en premier (ou pas).
C'est aussi cela, mais pas uniquement, qui va structurer et donner telle ou telle forme aux communautés (personnes qui se connaissent ou non dans le réel, etc...) des réseaux sociaux.
Pour terminer sur la question centrale de ton billet, je n'ai pas de réponse à proposer ;-). Probablement que dans notre écosystème informationnel contemporain, twitter et facebook sont devenus indispensable (pour certains au moins) ? Peut être que dans quelques mois/années les communautés qui utilisent ces services (tendant à devenir mainstream) vont se déplacer vers d'autres services qui prendront la relève ? Sans parler du fait que ces mêmes services évoluent constamment...
Au plaisir de te lire
merci pour la ref.
en ce qui concerne ceux qui quitte twitter, j'en ai constaté 3 qui était très actif au départ dans ma liste de followers. Je ne sais pas pourquoi il ne sont plus présents.
Mais perso ce que je ressens aujourd'hui c la difficulté à connaître l'autre désormais et corroléaire la difficulté à badiner devant des inconnus.
J'ai tout simplement trop de followers pour avoir une connaissances de tous. Je les accepte (je susis en acces privé) car ils sont intéessant mais je me pose la question de comment naviguer dans un grnd groupe.
Je pense qu'une des raison pour laquelle on peut quitter twitter, c ce passage entre petit et grand groupe.
A partir de quand cela devient-il intolérable ?
@Seekoeur merci pour ton commentaire, mais je trouve que nos arguments ne s'opposent pas tant que ça
je pense qu'il y a des deux, lorsque facebook met en place une fonctionnalité de suggestion, cela a un impact fort sur tous les utilisateurs (et je suis sûr qu'ils le savent très bien, toute plateforme tente d'orienter les usages vers ce qui lui est le plus profitable, j'avais donné l'exemple de virtual gifts), la différence avec le offline c'est que l'on sait que cette suggestion est systématiquement proposée.
bien sûr et tu as raison d'insister là-dessus : davantage de choses se passent avant, IRL, mais je ne peux avoir là-dessus qu'un regard personnel, construit par mes propres expériences, et j'aurais plus de mal à avoir un avis tranché. @jadlat donne un bon exemple dans le billet que que je cite d'un groupe décidant ensemble, au même moment (et IRL) de se connecter sur facebook. J'ai expérimenté la même chose en master 2 l'année dernière et c'était plutôt marrant à observer (genre "à la une, à la deux, hop !" en se tenant la main :))
euh... justement je suis nouvelle sur twitter et je veux mettre un lien .. et j'ai remarqué que personne ne mettait directement l'url du site mais ça passé par bit.ly quelque chose ou je ne sais quoi.. il y a un truc special et plus pratique pour mettre un lien ? par exemple pour par que le lien bouffe mes 140 mots >_< Merci
personnellement j'utilise http://is.gd/
tu entres ton adresse et tu cliques sur "shorten"