Avec Facebook, les rites d’initiation sont induits "par la machine", prescrits par la plateforme. c’est, par exemple, la fameuse phrase que l’on retrouve lorsqu’un ami arrive sur Facebook : « X a accepté votre demande d'ajout à ses amis. Comme il est nouveau sur Facebook, vous devriez lui suggérer des personnes qu'il connaît ». C’est un rituel institutionnalisé : rapidement l’ami en question se voit conseiller une poignée d’autres amis, et son arrivée est célébrée comme il se doit. En gros, Facebook délègue le travail d’accueil, d’accompagnement et de fidélisation des nouveaux utilisateurs à ses membres : Si jamais l’utilisateur n’entre pas avec sa manade, il la retrouvera certainement par la suite, sera recueilli par ses proches qui lui expliquerons les "trucs à savoir" : « salut, ça c’est ton mur (wall), tous tes amis peuvent y laisser un message, bienvenue ! ».

Sur Twitter, une fonction de suggestion de personnes à suivre a bien été ajoutée en janvier, mais l’algorithme (secret) ne semble pas être basé sur l’affinité que vous avez avec tel ou tel utilisateur, et ne sont proposés que des utilisateurs US, merci Twitter. Il y a bien des rites qui, naturellement, se mettent en place du côté des utilisateurs : on lit de plus en plus « @moncopain est nouveau sur Twitter, souhaitez-lui la bienvenue ! » ou « qui lui conseillez-vous de suivre ? ». Et c’est un peu l’objectif du #followfriday, que les néophytes ne comprennent surement pas.

Pour fidéliser plus rapidement ses utilisateurs et tenter d’augmenter le taux de rétention, Twitter pourrait donc travailler au développement de ces dispositifs et se pencher sur la fonction sociale des rituels d’accueil.

Je ne suis pas en train d’affirmer que cela explique les 60% d’infidèles, d’autres hypothèses paraissent bien plus plausibles, comme le fait que chaque utilisateur mette lui même du temps à comprendre comment se servir de l’outil et quels bénéfices en tirer. "Twitter est un service que l'on goûte, que l'on ne comprend pas, puis qui, une fois son réseau intelligemment constitué (…) devient intéressant", explique très justement Cédric de Chouingmedia. Eric Maillard, sur un autre sujet, l’avait noté sur son blog :

(…) aucun utilisateur ne l’explique finalement de la même façon. Les bénéfices sont vécus différemment selon son usage souvent lié à la taille et la typologie de sa communauté.

Le fait que nous (journalistes Web, évangélisateur High-tech, blogueurs) survendions les bénéfices de Twitter en créant des attentes exagérées auxquelles l’outil ne répond jamais, du moins pas au bout du premier mois d’utilisation (Twitter pour réconcilier une entreprise avec ses clients, Twitter pour vendre ses ordinateurs, Twitter pour renouveler la façon de faire de la politique, twitter pour sauver le monde, etc.), doit également peser dans la balance.