Scherer / Giret : Quel journalisme dans une économie de l’attention ?
Par Palpitt le dimanche 2 août 2009 - Lectures et citations - 1510 lecture(s)

"Les évolutions du secteur des médias, vues de l’intérieur" (pdf) est l'un des articles du 20ème numéro des Cahiers du journalisme, article qui reprend les propos échangés entre Éric Scherer et Vincent Giret en juillet de l'année dernière lors de la table ronde clôturant la journée d’étude Économie du Journalisme.
Éric Scherer commence par revenir sur 10 points clés qui, selon lui, caractérisent aujourd’hui l’évolution des médias. Crise économique, révolution numérique, fin des mass media, nouvelle économie des liens et économie de l’attention, évolution des modes de consommation de l'information (l'information "en silos"), explosion de la vidéo et de la mobilité, ce dernier revient sur les principales tendances dessinées dans ses "cahiers" saisonniers - tenez, jetez un œil sur le dernier numéro > Médiapocalypse ou médiamorphoses? - printemps / été 2009 (pdf).
Il présente ensuite quelques "pistes pour les médias traditionnels (...) expérimentées par les grands groupes de presse aux États-Unis, en Europe et au Japon" avant de se poser la question du "journalisme dans une économie de l’attention"
"Les nouveaux usages, on les connaît tous : une offre énorme qui se superpose tout au long de la journée. C’est un vrai souci et donc je pense que l’engagement sera un facteur-clé dans la suite de l’évolution des médias et du journalisme. L’occupation principale des journalistes, c’est de trier, de vérifier, de mettre en perspective des informations. Mais je crois qu’aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, le travail des journalistes sera de plus en plus d’être des guides et des accompagnateurs, voire des coachs sur l’Internet. Je crois que les internautes du grand public, face au chaos, face à l’immensité des informations sur l’Internet, auront besoin de professionnels pour les guider, pour leur donner des conseils, pour leur indiquer les meilleurs sites et les moins bons, pour arbitrer. On avait parlé tout à l’heure de « media literacy », je crois aussi que c’est un élément à prendre en compte à l’avenir. Les changements qui sont en cours en ce moment, vous les connaissez et je ne vais pas les développer énormément. On est passé du top-down à la conversation, et ce n’est pas forcément facile pour les journalistes, face à une audience qui maintenant non seulement produit mais aussi partage. On est passé du push au pull. On y est passé avec des solutions technologiques beaucoup plus riches qu’avant, qui permettent de faire beaucoup plus de choses. J’aime bien cette citation d’un professionnel qui me semble pertinente sur le rôle des journalistes à l’avenir : face au bruit, face à la surabondance de l’information, le rôle des journalistes sera de simplifier le monde, d’éduquer, d’expliquer et d’assembler, de mettre en perspective."
Le journalisme de liens est évoqué :
Le journalisme de liens remplace un journalisme de l’affirmation : il essaye de montrer avec des liens, avec des sources sur le Web. On peut parler aussi de « journaliste dépollueur » ou de « news jockey » ou de « information environmentalist », pour toujours exprimer cette même idée d’enlever du bruit, d’enlever du chaos, d’enlever de la complexité. Journalisme d’engagement : je crois que c’est l’un des thèmes majeurs, de plus en plus. Il faut avoir un ton et une voix sur le Web. Ce n’est pas forcément facile notamment aux États-Unis parce que le journalisme anglosaxon est connu pour être « facts only ». Et là, peut-être que nous, on a un petit avantage.
Éric Scherer présente ensuite le concept de "visual Journalism" (je vous conseille de mettre dans vos favoris le blog de Benoît Drouillat si vous vous intéressez à cette tendance) et d'"entrepreneurial journalism" :
"Les jeunes journalistes, les étudiants, plutôt que d’aller frapper à la porte des vieux médias, devraient imaginer. Ils ont les outils, ils ont les moyens aujourd’hui d’imaginer de nouveaux médias, de proposer de nouvelles solutions, et d’essayer de les faire vivre."
A son tour, Vincent Giret revient sur les 3 ondes de choc décrites dans un article co-rédigé avec Bernard Poulet au début de l'année dernière (crise du modèle économique, gratuité, et mutation des modes de consommation de l'info) puis s'attarde sur son expérience au sein de Lagardère Active, dont il était le directeur éditorial multimédia.
Voilà pour cette première note, je n'ai pas eu encore le temps de lire l'ensemble des articles mais Narvic les recommande pour la plage, je vais faire ça
A lire aussi :
- la fiche de lecture de Narvic sur le livre de Bernard Poulet paru cette année






